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dimanche 12 juillet 2020
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Ebola est une maladie de la peur

ebola-virus-guinea-border.si_Avec plus de 1.000 décès confirmés, l’épidémie d’Ebola qui sévit depuis des mois dans l’Ouest de l’Afrique est d’ores et déjà la plus importante depuis la découverte du virus, en 1976. Pour Serge Eholié, professeur en infectiologie au CHU de Treichville à Abidjan, en Côte d’Ivoire, il est urgent d’informer les populations locales.

Pourquoi rencontre-t-on autant de difficultés à endiguer la maladie?

Le virus se comporte comme un feu de brousse. S’il est cantonné à des petits villages reculés, ses effets sont limités. C’est triste à dire, mais plus vite le virus tue, moins il se transmet. En ville, l’Ebola a trouvé de quoi se répandre avec une densité et des mouvements de population plus importants. Les traditions en Afrique de l’Ouest n’aident pas non plus. Les familles ont par exemple l’habitude de laver le corps. Il y a un rituel d’accompagnement du mort, les parents viennent de différents endroits pour l’enterrement, et ces gens-là élargissent la chaine de propagation du virus en rentrant chez eux.

Ces pratiques culturelles sont-elles responsables de l’épidémie?

Je ne dirais pas qu’elles sont responsables, mais elles entretiennent l’épidémie. Nous avons une attitude particulière vis-à-vis de la mort. Soit le virus est là parce que l’on a pêché, soit c’est la faute de quelqu’un. Une maladie qui tue neuf personnes sur dix, y compris du personnel médical, ne s’explique pas facilement. La forte mortalité liée au virus entraîne une perte de confiance en l’institution médicale. Quand ceux qui sont censés vous sauver la vie meurent aussi, la population se méfie. En plus, on ne rend pas le corps, ou on le lave à l’eau de javel, on brûle les affaires du décédé, et les gens qui survivent sont aussi ostracisés. Tout cela ne permet pas d’entretenir un climat de confiance. C’est une maladie de la peur, de la rumeur aussi. Elle a fait la part belle aux guérisseurs à un moment, quand la médecine traditionnelle n’avait pas de solution. Certains viennent à penser que c’est une maladie du Mal, qu’un sort a été jeté.

La progression du virus vous inquiète-t-elle?

Nous avons été inquiets bien avant, en mai ou juin, lorsque nous avons alerté sur la progression géographique d’Ebola. Un virus de ce genre en ville, voilà ce qui nous a paniqués. Les foyers se multiplient dans des zones de conflit, où dans des endroits qui manquent cruellement d’infrastructures et de personnels médicaux. Dans des pays comme le Liberia ou la Guinée, il y a des manques criants de médecins. Mais je suis aussi inquiet des conséquences collatérales. Aujourd’hui, la peur d’Ebola fait que l’on traite moins bien le paludisme par exemple (qui a tué 627.000 personnes en 2012, selon l’OMS), qui présente des symptômes similaires en début de maladie.




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